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Samedi 22 avril 2006


Par Julien - Publié dans : freepalestine
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Samedi 22 avril 2006

IBRAHIM MOUSSALAM BARAK’A, 35 ans, 2 enfants de 4 et 2 ans, travail au ministère de l’intérieur de l’Autorité Palestinienne, section des passeports, branche de Bethléem.
Ibrahim gagne 2.700 shekels par mois (environ 540 euros) mais n’a pas touché son salaire ce mois-ci.

Pourquoi n’as-tu pas reçu ton salaire ?
Ce sont des raisons politiques. Parce que le Hamas a gagné les élections et que l’Union Européenne veut punir le peuple palestinien d’avoir choisi le Hamas.

C’est une punition collective de la part de l’Union Européenne et des Etats-Unis alors que l’on a choisi démocratiquement le Hamas.

Ils veulent exercer des pressions sur nous pour que l’on fasse encore plus de concessions et que l’on se plie à leur volonté.

C’est ironique car dans le même temps, Israël ne cesse de tuer, de voler des terres, de construire le Mur, de détruire des maisons. Et l’Europe ne cesse pas son aide à Israël.
Moi et tout le monde ici, tout ce que nous demandons c’est de vivre en paix, en liberté, en prospérité. Mais on veut également notre dignité. Nous ne voulons pas de l’aide extérieure sans dignité, sans la reconnaissance de nos droits. Peut-être est-ce de notre faute d’être palestinien ? Un grand nombre de personnes reçoit de l’argent de l’Autorité Palestinienne qui le reçoit de l’aide extérieure. C’est important pour nous, pour faire vivre notre famille, nos enfants.

Nous sommes dans une situation économique et sociale très mauvaise. On nous attaque sur tous les plans.
Je ne peux pas expliquer cela à mes enfants alors qu’ils attendent de moi nourriture, vêtements et tout ce qui leur est nécessaire. Si cela continue nous connaîtrons une catastrophe économique majeure en plus de l’occupation.
L’occupation est la principale cause de notre situation misérable et l’on doit vivre avec cela quotidiennement. Mais sur un plan plus large, l’occident est aussi responsable de notre situation simplement parce qu’ils ont le pouvoir d’exercer des pressions sur Israël pour rencontrer le minimum de nos droits reprises dans les résolutions de l’ONU, mais il ne le fait pas.

Quelles conséquences concrètes cette décision à sur ta vie quotidienne ?
Cela a une grande influence sur ma vie et celle de ma famille. Dans ma maison, il y a 25 personnes qui dépendent de mon salaire, mon père, mes frères et leurs femmes et enfants. Mon frère ne peut pas travailler en Israël car un autre de mes frères est en prison. Tout le monde dépend de mon salaire. Mon fils a besoin d’une opération aux poumons et au cœur, l’hôpital public est très mauvais donc je dois le mettre dans un hôpital privé qui coûte très cher. J’ai du reporter l’opération d’un mois car j’attends mon salaire.

Mon salaire ne peut payer qu’une partie de l’opération et j’espérais pouvoir étaler les payements.
Il y a également les factures d’eau, d’électricité.

Ils nous combattent pour un morceau de pain. Tu peux me prendre mon cœur, mais ne me prends pas mon pain.

Je peux encore me débrouiller avec l’aide de la communauté du camp, mais beaucoup de familles n’ont même pas un dollar d’entrée quotidienne.
Je peux vivre un an avec le même pantalon, mais mes enfants ?
Le monde entier nous oppresse. Parfois quand je lis l’histoire de la révolution algérienne, ou cubaine ou vietnamienne, je me dis : quand est-ce que cela sera notre tour ? Peut-être le monde était meilleur pour les peuples à cette époque, mais maintenant on est au 21ème siècle et on est toujours sous occupation.
Ma maison est construite sur 15 m² et on doit chaque fois rajouter des étages supplémentaires. Il n’y a pas assez de fenêtres, le soleil ne rentre pas dans la maison. Pour nous, ma femme, mon père ou moi, on peut vivre comme cela, mais les enfants ? Comment vont-ils grandir sans espace, sans jardin, sans parc. Ils jouent dans la rue et on est sans cesse dans la crainte qu’ils soient renversés par une voiture ou que les soldats leurs tirent dessus, utilisent du gaz alors qu’ils ont des problèmes respiratoires.

Ton opinion sur l’Union Européenne a-t-elle changé ?
Quand quelque chose se passe dans le monde, ce sont nous, les palestiniens, qui payons la note. Les gouvernements occidentaux ne cessent de faire pression sur nous.

Si les Etats-Unis veulent faire tourner leur économie, ils font la guerre à l’Irak. Si les israéliens doivent organiser des élections, ils attaquent et tuent les palestiniens. L’Europe c’est pareil.

On paie le prix de la politique mondiale.
Un peuple sans histoire ne peut avoir de futur. Les Européens sont responsables de l’existence d’Israël. Ils se sentent peut-être responsable de ce qui est arrivé aux juifs, mais ils sont responsables de la création d’Israël et de nos souffrances.
L’Europe a fait des promesses pour nous aider, aider les réfugiés. Mais maintenant l’aide aux réfugiés a diminué de 90%.

L’Union Européenne a une obligation morale, légale de nous aider à résister aux israéliens. Ils doivent payer leurs erreurs dans cette région.
L’OLP a reconnu Israël et son droit à exister sur notre terre, on a reconnu les accords internationaux, mais malgré tout les USA et l’Europe continue à faire pression sur nous et exigent toujours plus de concessions.
Le vrai problème c’est l’occupation et l’Union Européenne doit nous aider à mettre fin à cette occupation. 

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Samedi 22 avril 2006

FARIZ AHMAD MALASH, 38 ans, 5 enfants, ouvrier du bâtiment.

Que penses-tu de la décision européenne de couper l’aide ?
C’est une question politique et cela a à voir avec le côté où vous vous situez dans le conflit israélo-palestinien. Même quand c’était le Fath à la tête de l’Autorité Palestinienne, il n’y avait pas une aide énorme, seulement pour ceux qui travaillaient pour l’AP. Maintenant, avec le Hamas, l’Europe veut que l’on fasse plus de concessions. L’Europe se sent coupable et justifie leur politique pro israélienne en la justifiant par la présence du Hamas. Les intérêts de l’Europe sont les mêmes que ceux d’Israël. Le Hamas ne sert que d’excuse pour ne pas faire de pression sur Israël.

Qu’est-ce que la décision européenne implique pour le peuple palestinien ?
A peux près 120.000 personnes reçoivent un salaire de l’Autorité Palestinienne. Cela influence toute l’économie.

Moi qui travaille dans le bâtiment je n’ai plus de travail car les gens n’ont plus de salaire et ne peuvent plus continuer à construire leur maison ou à en construire de nouvelles. Cela a un impact sur toute la société.

Peut-être 150 millions de dollars sont injectés chaque mois dans l’économie palestinienne et cela permet de la garder en vie. Sans cela, c’est la mort.

Comment vois-tu l’avenir si les sanctions sont maintenues ?
Je ne suis pas riche et je ne suis pas pauvre, je suis de la classe moyenne. Je peux vivre 3 mois sans salaire, mais après ?

Je dois penser à ma famille, à mes enfants. Il n’y a pas de travail décent, mais je dois faire tout ce que je peux pour survivre.
Dans le camp, on est proche de l’explosion à cause de cette situation. Le peuple renforce sa colère, sa haine contre Israël, les USA et l’Europe.

L’Union Européenne considère que le peuple palestinien doit être puni car il a élu le Hamas. Qu’en penses-tu ?
C’est la façon dont l’Europe et les USA considère la démocratie.

L’Europe et les USA soutiennent des pays qui oppressent leur propre peuple si cela répond à leurs intérêts. Mais si une élection démocratique va à l’encontre de leurs intérêts ils disent que ce n’est pas la démocratie.

Ils utilisent la dictature de la démocratie.
Même si je ne suis pas pro Hamas, je dois respecter le processus démocratique. Tout le monde a dit que c’était des élections correctes et démocratiques.
Je respecte la décision de mon peuple et tout le monde doit respecter cela et donner une chance au Hamas de représenter le peuple palestinien.
L’Europe utilise l’excuse du terrorisme. Mais s’ils veulent faire appliquer la démocratie au Moyen-Orient, qu’ils fassent appliquer les résolutions de l’ONU comme la 1242, la 338 et la 194 sur le droit au retour des réfugiés. C’est la seule solution pour faire appliquer la démocratie ici.

Mais les dirigeants de la démocratie ne le font pas et nous punissent pour notre choix démocratique.
La vision du Hamas pour solutionner le problème palestinien n’est pas fort différente de celle du Fath. Le Hamas demande l’indépendance, le droit à avoir notre propre état, à avoir Jérusalem comme capitale, le droit au retour et nos droits humains dans un état démocratique. Et ils appellent le Hamas terroriste !
Mais que signifie le terrorisme pour le Européens ? Quand les Allemands ont occupé l’Europe, les peuples n’avaient-ils pas le droit d’utiliser tous les moyens pour se défendre, pour les chasser de leurs pays ?

Ton opinion sur l’Europe a-t-elle changé ?
Comme je l’ai dis, l’Europe ne recherche que ses propres intérêts politiques et à satisfaire ceux des USA. Je n’ai aucun problème avec les peuples. Tous les jours des européens viennent nous visiter et nous les accueillons amicalement. Le problème est les gouvernements.

ABEER, sa fille, 15 ans.
Les européens perçoivent les palestiniens comme des terroristes, que ce soit le Hamas ou le Fath. Cette logique n’est pas correcte. Pour moi, c’est Israël le vrai terroriste pour tous ce qu’il nous a fait, les tueries d’enfants, les blessés, les arrestations, les tirs, la terreur que les soldats nous infligent.
Avant le Hamas, les européens disaient être nos amis mais depuis le Hamas ils ont changé d’avis. Ils mentent, ils font semblant d’être nos amis. Si vous êtes amis, vous restez amis, dans les bons et les mauvais moments.

L’Europe doit-elle continuer à soutenir les palestiniens ?
Fariz
Ils n’ont pas d’obligation morale à continuer à donner de l’argent à l’AP, mais ils doivent soutenir le peuple, l’aider à se développer. Construire des infrastructures, des entreprises, des fermes, tout ce qui peut améliorer notre quotidien et renforcer notre économie. C’est une bonne solution pour eux et pour nous.
Quand Israël construit une colonie, il commence par nous prendre des terres, puis y installe des maisons de tôles, puis l’électricité, l’eau et en 3 ans il y a une grande colonie en dur. L’Europe peut nous aider à faire la même chose pour que l’on puisse garder nos terres.

Abeer 
Que l’Europe continue à nous soutenir ou non, cela ne fait pas beaucoup de différence, nous survivrons avec moins, mais nous survivrons et continuerons notre lutte.

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Samedi 22 avril 2006

Khader Zreina, 40 ans, 5 enfants, sans travail (Camp de réfugiés de Aïda, Bethléem, Cisjordanie)

Quelles sont les conséquences pour toi de la décision européenne ?
Pour moi personnellement, cela ne change rien que l’Europe envoie de l’aide ou pas, car je ne dépend pas de l’autorité pour vivre et donc je ne reçois aucune aide de l’Europe de toute manière. Ceux qui ont réellement des problèmes sont ceux qui dépendent directement de l’Autorité Palestinienne.

Moi, je ne peux pas aller travailler en Israël, mon frère a été tué, j’ai un autre frère en prison et donc je n’ai pas d’autorisation pour aller en Israël.

Il y a un mois, l’UNRWA m’a donné un kilogramme de riz et de farine, c’est tout. Malgré tout je béni Dieu ; je garde la force et l’espoir de pouvoir travailler ici et là. L’UNRWA nous donne de la nourriture de temps en temps, 1 kg de riz par ci, un kilo de sucre par là, parfois la farine est périmée depuis sept ans, mais on l’utilise quand même.
Mais même si je ne dépends pas de l’Autorité Palestinienne, je me sens désolé pour ceux qui vivent de l’argent de l’Autorité.

Que penses-tu d’une telle décision ?
Cela a à voir avec la politique et ne connais en rien en politique mais je sais que cette décision n’est pas juste car elle punit l’ensemble du peuple palestinien. Cela fait souffrir d’avantage le peuple, cela crée d’avantage de problèmes au sein du peuple lui-même. Les gens ne pensent qu’à survivre. Je pense que l’Europe est contente de nous voir désunis, de voir nous battre pour un morceau de pain.

La situation va s’aggraver ?
Bien sûr, la situation économique va s’aggraver. Cela va entraîner des problèmes entre les gens, les familles.

Cela mènera certainement à une nouvelle Intifada car les gens sont frustrés.

Par exemple, ici dans le camp, comme partout autre part en Palestine si les jeunes sont frustrés, laissés pour contre, abandonnés, ils passeront leur temps dans la rue et auront tout le temps penser à des mauvaises choses, jeter des pierres, penser à des actions militaires… Souvent les jeunes pensent que la vie en prison serait meilleure pour eux et pour leurs familles.

L’Europe coupe l’aide parce que le Hamas est au gouvernement. Qu’en penses-tu ?
L
e Hamas est arrivé au pouvoir à cause d’Israël et à cause de la politique européenne vis-à-vis des palestiniens. Donc pourquoi nous punissent-ils maintenant pour notre choix ? Israël et l’Union Européenne sont contents maintenant de voir le Hamas au gouvernement car cela leur donne un prétexte de nous attaquer, d’arrêter toute aide.

Ton opinion sur l’Union Européenne a-t-elle changé depuis cette décision ?
Peut-être qu’avant je pensais que l’Europe cherchait à faire appliquer la justice, même si j’en doutais, j’avais l’espoir que cela soit ainsi. Mais depuis cette décision je suis certain que les gouvernements européens sont comme les Etats-Unis, ils ne recherchent que leurs propres intérêts. Ils nous font du chantage et veulent qu’on leur obéisse et qu’on les supplie pour leur aide.
Si les gouvernements européens veulent vraiment la justice et aider les palestiniens qu’ils nous aident, Hamas ou pas Hamas. Le Hamas est notre problème et pas le leur.

S’ils veulent nous aider, pourquoi nous obligent-ils à faire ce qu’ils veulent. Je ne leur fais pas confiance pour un centime. Ils sont pro israélien à 100%.

Si tu veux m’aider, aide-moi, mais ne me demande pas de laver ta vaisselle. Ne m’obliges pas à penser comme tu penses.
Israël reçoit de l’argent de l’Europe et des USA pour renforcer leur armée, leur économie, pour renforcer leur oppression contre nous. Et nous qu’est-ce que l’on reçoit ? S’ils cessent de nous aider, qu’ils cessent d’aider Israël.

L’aide européenne est-elle nécessaire ?
Pour moi, cela ne change rien. J’ai 40 ans et je n’ai jamais reçu d’aide. Ma mère a 75 ans et n’a jamais reçu d’aide de personne.
Je n’ai pas besoin de votre argent, tout ce dont j’ai besoin c’est que vous cessiez de supporter Israël.
L’Europe veut que le Hamas reconnaissent Israël, mais demandent-ils à Israël de reconnaître les droits légitimes des palestiniens, leur gouvernement, leur liberté de mouvement. Aujourd’hui, je n’ai même pas le droit d’aller à la tombe de Rachel qui se trouve à 200 mètres de chez moi.
Pourquoi demande-t-on au plus faible de reconnaître le plus fort ? Alors qu’Israël nous prend toujours plus de terre. Le problème n’est pas le Hamas mais l’occupation.
Ici, à Aïda, Israël a construit le Mur, on est entouré par le mur, et les jeeps israéliennes ne cessent de rentrer dans le camp, les soldats tirent sur les enfants. D’accord, ils ont construit le Mur, mais alors qu’ils restent de leur côté. Jamais nous n’allons de leur côté, donc pourquoi viennent-ils du nôtre ?

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Samedi 22 avril 2006

A l’unanimité, l’Union Européenne a décidé de supprimer toute aide financière à l’Autorité Palestinienne sous prétexte que cette Autorité est dirigée par le Hamas, mouvement considéré comme terroriste. L’Union Européenne supprime toute aide comme si elle interdisait ses friandises à un enfant. Mais un enfant peut vivre sans ses friandises tandis que la fin de l’aide occidentale aux palestiniens déjà soumis à une occupation meurtrière signifie purement et simplement leur mort. Nous avons demandé l’avis à quelques habitants du camp de réfugiés de Aïda à Bethléem, Cisjordanie, sur cette décision européenne et ses conséquences…

Première victime, les travailleurs, le peuple palestiniens
Le mois d’avril est un mois noir pour la population palestinienne. L’aide financière européenne était déjà insuffisante et ne permettait pas de soulager la misère de la majorité de la population plongée depuis le début de la seconde Intifada dans un état de survie.

Khader, 40 ans, 5 enfants, sans travail : « pour moi, cela ne change rien. J’ai 40 ans et je n’ai jamais reçu d’aide. Ma mère a 75 ans et n’a jamais reçu d’aide de personne. Je ne dépend pas de l’autorité pour vivre et donc je ne reçois aucune aide de l’Europe de toute manière. Mon frère a été tué, j’ai un autre frère en prison et donc je n’ai pas d’autorisation pour aller en Israël. L’UNRWA nous donne de la nourriture de temps en temps, 1 kg de riz par ci, un kilo de sucre par là, parfois la farine est périmée depuis sept ans, mais on l’utilise quand même. Malgré tout je béni Dieu ; je garde la force et l’espoir de pouvoir travailler ici et là. Mais même si je ne dépends pas de l’Autorité Palestinienne, je me sens désolé pour ceux qui vivent de l’argent de l’Autorité. Cela a à voir avec la politique et ne connais en rien en politique mais je sais que cette décision n’est pas juste car elle punit l’ensemble du peuple palestinien. Cela fait souffrir d’avantage le peuple, cela crée d’avantage de problèmes au sein du peuple lui-même. Les gens ne pensent qu’à survivre. Je pense que l’Europe est contente de nous voir désunis, de voir nous battre pour un morceau de pain. »
Près de 120.000 personnes travaillant pour l’Autorité Palestinienne n’ont pas reçu leur salaire. Cela représente 25% de la population active. Ce sont également 120.000 familles qui dépendent directement de cette entrée financière et l’on peut estimer à près d’un million de personnes directement touchées par la décision européenne de couper l’aide à l’Autorité Palestinienne.

Ibrahim, 35 ans, 2 enfants de 4 et 2 ans, employé au ministère de l’intérieur de l’Autorité Palestinienne, section des passeports, branche de Bethléem. Ibrahim gagne 2.700 shekels par mois (environ 540 euros) mais n’a pas touché son salaire ce mois-ci. La décision européenne a des conséquences humanitaires directes : « dans ma maison, il y a 25 personnes qui dépendent de mon salaire, mon père, mes frères, leurs femmes et enfants. Tout le monde dépend de mon salaire. Mon fils a besoin d’une opération aux poumons et au cœur, l’hôpital public est très mauvais donc je dois le mettre dans un hôpital privé qui coûte très cher. J’ai du reporter l’opération d’un mois car j’attends mon salaire. Il y a également les factures d’eau, d’électricité. Je peux encore me débrouiller avec l’aide de la communauté du camp, mais beaucoup de familles n’ont même pas un dollar d’entrée quotidienne. »

Toute l’économie et le circuit du travail sont touchés
L’économie palestinienne est entièrement sous contrôle israélien. Il suffit qu’Israël interdise l’accès aux villes palestiniennes pour que tout s’arrête. C’était déjà le cas avant la décision européenne. L’aide financière occidentale permettait à l’économie palestinienne de survivre, mais la dernière décision européenne signifie que l’économie palestinienne est tout simplement au bord de la banqueroute.

Fariz, 38 ans, 5 enfants, ouvrier du bâtiment : « je n’ai plus de travail car les gens n’ont plus de salaire et ne peuvent plus continuer à construire leur maison ou à en construire de nouvelles. Cela a un impact sur toute la société. Peut-être 150 millions de dollars sont injectés chaque mois dans l’économie palestinienne et cela permet de la garder en vie. Sans cela, c’est la mort. »
Ibrahim : « l’aide extérieure est importante pour faire vivre notre famille, nos enfants. Nous sommes dans une situation économique et sociale très mauvaise. Je ne peux pas expliquer cela à mes enfants alors qu’ils attendent de moi nourriture, vêtements et tout ce qui leur est nécessaire. Si cela continue nous connaîtrons une catastrophe économique majeure en plus de l’occupation. »

La dictature de la « démocratie »
Tous les palestiniens interrogés sur ce sujet ont énormément de ressentiments contre l’Union Européenne qui, alors qu’elle se présente comme le grand leader de la démocratie, ne respecte pas l’élection démocratique du Hamas à la tête de l’Autorité Palestinienne.

Khader : « Le Hamas est arrivé au pouvoir à cause d’Israël et à cause de la politique européenne vis-à-vis des palestiniens. Donc pourquoi nous punissent-ils maintenant pour notre choix ? Avant, je pensais que l’Europe cherchait à faire appliquer la justice, même si j’en doutais, j’avais l’espoir. Mais depuis cette décision je suis certain que les gouvernements européens sont comme les Etats-Unis, ils ne recherchent que leurs propres intérêts. Ils nous font du chantage et veulent qu’on leur obéisse et qu’on les supplie pour leur aide. Si les gouvernements européens veulent vraiment la justice et aider les palestiniens qu’ils nous aident, Hamas ou pas Hamas. Le Hamas est notre problème et pas le leur. Je ne leur fais pas confiance pour un centime. Ils sont pro israélien à 100%. » 

 

Khader : Si tu veux m’aider, aide-moi, mais ne me demande pas de laver ta vaisselle. Ne m’obliges pas à penser comme tu penses. 

Pour Fariz, la décision européenne représente « la façon dont l’Europe et les USA considère la démocratie. Ils soutiennent des pays qui oppressent leur propre peuple si cela répond à leurs intérêts. Mais si une élection démocratique va à l’encontre de leurs intérêts ils disent que ce n’est pas la démocratie. Ils utilisent la dictature de la démocratie. L’Europe utilise l’excuse du terrorisme. Mais s’ils veulent faire appliquer la démocratie au Moyen-Orient, qu’ils fassent appliquer les résolutions de l’ONU. C’est la seule solution pour faire appliquer la démocratie ici. Mais les dirigeants de la démocratie ne le font pas et nous punissent pour notre choix démocratique. Mais que signifie le terrorisme pour le Européens ? Quand les Allemands ont occupé l’Europe, les peuples n’avaient-ils pas le droit d’utiliser tous les moyens pour se défendre, pour les chasser de leurs pays ? Les intérêts de l’Europe sont les mêmes que ceux d’Israël. Le Hamas ne sert que d’excuse pour ne pas faire de pression sur Israël. » 

 

Abeer a 15 ans et est la fille de Fariz

Les européens perçoivent les palestiniens comme des terroristes, que ce soit le Hamas ou le Fath. Cette logique n’est pas correcte. Pour moi, c’est Israël le vrai terroriste pour tous ce qu’il nous a fait, les tueries d’enfants, les blessés, les arrestations, les tirs, la terreur que les soldats nous infligent.
Avant le Hamas, les européens disaient être nos amis mais depuis le Hamas ils ont changé d’avis. Ils mentent, ils font semblant d’être nos amis. Si vous êtes amis, vous restez amis, dans les bons et les mauvais moments.

 

Pour Ibrahim, « l’Union Européenne veut punir le peuple palestinien d’avoir choisi le Hamas.
C’est une punition collective de la part de l’Union Européenne et des Etats-Unis alors que l’on a choisi démocratiquement le Hamas. Ils veulent exercer des pressions sur nous pour que l’on fasse encore plus de concessions et que l’on se plie à leur volonté. C’est ironique car dans le même temps, Israël ne cesse de tuer, de voler des terres, de construire le Mur, de détruire des maisons et pourtant l’Europe ne cesse pas son aide à Israël.
Quand quelque chose se passe dans le monde, ce sont nous, les palestiniens, qui payons la note. On paie le prix de la politique mondiale. Les Européens sont responsables de l’existence d’Israël. Ils se sentent peut-être responsable de ce qui est arrivé aux juifs, mais ils sont responsables de la création d’Israël et de nos souffrances. »

 

Respecter le choix du peuple
Démocratie, mot féminin singulier, signifiant littéralement le pouvoir du peuple. Cela signifie que le peuple est souverain dans ses choix. Les grands leaders de la démocratie que sont les gouvernements européens si on les écoute semble avoir oublier la définition de ce mot. Pas les électeurs palestiniens

Fariz : « Même si je ne suis pas pro Hamas, je dois respecter le processus démocratique. Tout le monde a dit que c’était des élections correctes et démocratiques. Je respecte la décision de mon peuple et tout le monde doit respecter cela et donner une chance au Hamas de représenter le peuple palestinien. »

 

Au nom de la lutte contre le terrorisme, cette décision ne fait que renforcer la haine contre Israël
Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’Union Européenne punit tout un peuple pour son choix démocratique. Pensez-vous vraiment qu’un peuple se soumette comme cela au diktat des grandes puissances ?
Pour Khader, cette décision « mènera certainement à une nouvelle Intifada car les gens sont frustrés. Par exemple, ici dans le camp de Aïda, comme partout ailleurs en Palestine, si les jeunes sont frustrés, laissés pour contre, abandonnés, ils passeront leur temps dans la rue et auront tout le temps penser à jeter des pierres, penser à des actions militaires… »
Fariz : « Dans le camp, on est proche de l’explosion à cause de cette situation. Le peuple renforce sa colère, sa haine contre Israël, les USA et l’Europe. ». Pour sa fille Abeer, « Que l’Europe continue à nous soutenir ou non, cela ne fait pas beaucoup de différence, nous survivrons avec moins, mais nous survivrons et continuerons notre lutte. »

Si vous voulez la vraie démocratie, combattez l’occupation
La principale source de terreur au Moyen-Orient n’est pas le Hamas ou tout autre mouvement dit terroriste, mais bien Israël et sa politique d’occupation et de terreur quotidienne contre le peuple palestinien.
Khader : « Israël reçoit de l’argent de l’Europe et des USA pour renforcer leur armée, leur économie, pour renforcer leur oppression contre nous. Et nous qu’est-ce que l’on reçoit ? S’ils cessent de nous aider, qu’ils cessent d’aider Israël. Je n’ai pas besoin de votre argent, tout ce dont j’ai besoin c’est que vous cessiez de supporter Israël.
L’Europe veut que le Hamas reconnaissent Israël, mais demandent-ils à Israël de reconnaître les droits légitimes des palestiniens, leur gouvernement, leur liberté de mouvement. Aujourd’hui, je n’ai même pas le droit d’aller à la tombe de Rachel qui se trouve à 200 mètres de chez moi. 
Pourquoi demande-t-on au plus faible de reconnaître le plus fort ? Alors qu’Israël nous prend toujours plus de terre. Le problème n’est pas le Hamas mais l’occupation. »
Pour Ibrahim : « tout ce que nous demandons c’est de vivre en paix, en liberté, en prospérité. Mais on veut également notre dignité. Nous ne voulons pas de l’aide extérieure sans dignité, sans la reconnaissance de nos droits. Peut-être est-ce de notre faute d’être palestinien ? L’occupation est la principale cause de notre situation misérable et l’on doit vivre avec cela quotidiennement. Mais sur un plan plus large, l’occident est aussi responsable de notre situation simplement parce qu’ils ont le pouvoir d’exercer des pressions sur Israël pour rencontrer le minimum de nos droits reprises dans les résolutions de l’ONU, mais il ne le fait pas. L’OLP a reconnu Israël et son droit à exister sur notre terre, on a reconnu les accords internationaux, mais malgré tout les USA et l’Europe continue à faire pression sur nous et exigent toujours plus de concessions. Le vrai problème c’est l’occupation et l’Union Européenne doit nous aider à mettre fin à cette occupation. »
Pour Ayed, professeur de mathématique à l’école pour garçon du camp de réfugiés de Aïda, la décision européenne est un chantage politique international contre le peuple palestinien : « Honte sur eux qui se disent les leaders de la démocratie. La communauté européenne et les gouvernements occidentaux se présentent comme les défenseurs de la liberté et les dirigeants de la démocratie. Si c’était le cas, la seule politique correcte à mener au Moyen Orient serait de reconnaître l’existence d’Israël comme illégale. C’est un état racial et mono religieux où vous n’avez de droits que si vous êtes juifs. Et ils appellent cela un Etat démocratique ! »

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Mercredi 19 avril 2006

By Sami Abu Salem,

The Electronic Intifada

18 April 2006
http://electronicintifada.net/v2/article4633.shtml
GAZA -- The charming fragrance of lemon filled the area when my wife and I were on the roof enjoying the warm
breeze last night in Jabalia Refugee Camp, north of Gaza.

My wife, Suha, was happy with the scene of the moon in the
middle of the partially cloudy sky and the aura of
sanctity.

Suha's eyes were glittering and her beautiful smile was
shining in the middle of darkness. We were chatting and
exchanging jokes. The innocent laughs of my wife added a
special taste to the romantic moment.

In my inner feeling I paved the way to spend a very warm
night with my wife. Suddenly, the explosions literally
rocked the ground of my apartment building. The Israeli
artillery shot tens of rockets on "unoccupied areas!"

Suha was so terrified. Horror and fear replaced the
brightness of her face. She asked me to go downstairs. I
tried to calm her down by claiming that the bombs hit
"unoccupied areas."

"No, They (the Israeli artillery) target houses and
buildings, two days ago they killed a child girl (Hadeel
Ghaben) and all of her family were wounded," she said
while trembling.

We went downstairs to our apartment. Not to resume our
romantic moments, but to follow up news through local
radio stations. But the electric power was cut off.

Our apartment turned into a very horrible cottage. Very
dark, the double- thuds of artillery increasing in number
and intensity.

My wife wiped the curtain looking for more moonlight, but
the window was strongly shaken when a shell exploded in
the area. The cries of the horrified nephews and nieces
were rising from the lower floor.

I went to a grocery for buying some candles, the grocer
was so busy in selling candles as other people were before
me.

My mother and brother, in the first floor, were also
waiting for the candles. My Mother, Fatima 60-year-old,
hates such circumstances. Such sounds forcibly oblige her
to remember tens of her relatives and neighbors who were
killed by Zionists in 1948.

"These sounds of explosions exactly like the sounds we
heard when they (the Zionist gangs) attacked Brair (her
village) in 1948," she said, and prayed to God to protect
us.

The lights of the candles come from different directions
and some of the light moon attracted our feeling which is
distorted by the sound of the bombs.

My wife and I were setting tightly. We were observing both
the moon through the window, and waiting for ending the
explosions.

I could not curb my deep sighing and anger. I was so upset
as such daily Israeli practices not only hit our houses,
but also touch and harm our warm feelings. They do
strongly intervene into our life that we can not practice
our very special life.

My wife put her head on my shoulder and let her lids down.
That night seemed longer than usual. The dawn began
knocking windows, and the sparrows were chirping when my
wife woke up and asked: "Any body was killed?"

Sami Abu Salem lives in Jabalia Refugee Camp and works as
an English news and features writer at the Palestine News
Agency (WAFA). He has also worked at the
International
Press Center
of the Palestinian Authority State
Information Service, and works as a freelance writer for
local newspapers, focusing on literature and arts.

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Samedi 15 avril 2006

jeudi 13 avril 2006.

 

Le squelette d’un décodeur satellite traîne dans les ruines de la maison de la famille Ghaben, à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza. Quelques minutes avant l’impact, Hadil, 8 ans, avait éteint la télévision pour permettre à son grand frère de préparer dans le calme sa tawjihia (le baccalauréat palestinien). "Soudain, les bombardements israéliens ont repris, raconte Safeya, la mère. Les déflagrations se rapprochaient de chez nous. J’ai réuni mes enfants autour de moi et je leur ai interdit de sortir. Après quelques secondes, j’ai ressenti une violente douleur dans le dos et un coup sur la tête, comme si l’on m’assommait. J’ai vu une boule de feu et j’ai perdu connaissance". A son réveil, ce mardi matin 11 avril, à l’hôpital, Safeya a appris que Hadil était morte et que neuf autres de ses onze enfants avaient été blessés, dont trois sérieusement.

 

L’obus a laissé une trouée large comme deux ballons de football dans le mauvais toit de tôle. La déflagration a fait voler en éclats les murs de l’entrée. Les parpaings sont dispersés dans la courette. Comme souvent, les tirs avaient commencé en fin d’après-midi. Les onze enfants Ghaben étaient occupés à lire et à jouer dans la pièce principale. Le père, Mohammed, un peintre en bâtiment au chômage, se promenait dans le lacis de ruelles sablonneuses qui entoure sa maison, en bordure des serres et des dunes qui jalonnent le nord de la bande de Gaza. Le fracas des premières explosions n’avait pas troublé la famille.

 

Depuis plus d’un mois que les canons israéliens pilonnent la région pour prévenir les tirs de roquettes artisanales par les groupes armés, les habitants ont appris à dompter leur peur. En général, les obus s’écrasaient dans les champs environnants, abandonnés depuis leur destruction par les bulldozers israéliens. Ou ils explosaient sur les ruines des anciennes colonies. Ces sites sont utilisés par les militants palestiniens pour la mise à feu de leurs roquettes Qassam, des engins de fortune qui atteignent parfois la zone industrielle d’Ashkelon, mais plus généralement la ville de Sdérot, toute proche. Dans la majorité des cas, ces charges tombent dans l’eau ou en rase campagne, sans faire de dégât. Des habitants de Sdérot ont toutefois été tués.

 

Le ministre israélien de la défense, Shaul Mofaz, a annoncé, mardi, un durcissement des opérations militaires. "Tant que le calme ne régnera pas du côté israélien, il ne régnera pas du côté palestinien. Nos opérations vont prendre plus d’ampleur", a-t-il affirmé. Selon les médias israéliens, l’armée a étendu la "zone interdite" soumise aux bombardements, de sorte que sa limite ne se trouve plus à présent qu’à 100 mètres des habitations, alors qu’elle était distante de 300 mètres auparavant. Près de 300 obus tombent chaque jour sur le nord de la bande de Gaza.

 

Les tirs de barrage de l’artillerie israélienne avaient-ils obligé, ce jour-là, les combattants palestiniens à se retrancher dans les zones habitées de Beit Lahiya ? C’est ce qu’affirme l’armée israélienne, qui a présenté ses excuses pour la mort de Hadil. Dans les gravats de sa maisonnette, où il fume cigarette sur cigarette, Mohammed réfute cette explication. "C’est un prétexte qu’ils donnent dès que des enfants sont touchés. Il n’y avait pas de militants par chez nous. On ne les aurait pas laissé faire de toute façon."

 

Le lendemain du drame, un officier israélien a joint Mohammed au téléphone. Alors que d’habitude l’armée s’empresse d’annuler les éventuels permis d’entrée en Israël dont bénéficient les proches des victimes, par crainte d’une possible vengeance, son interlocuteur, au contraire, lui a proposé de lui donner un permis en guise de réparation. "Il parlait en arabe, raconte Mohammed. Il m’a dit s’appeler Gavi et être responsable des frontières. Pendant vingt ans j’ai travaillé en Israël, jusqu’à ce que mon permis me soit retiré sans raison il y a un an et demi. J’ai repoussé son offre. Comment peut-il imaginer que je puisse avoir envie de voir des juifs après ce qui m’est arrivé ?"

 

Une tente de deuil est dressée pour les femmes en retrait de la maison. Safeya, le visage boursouflée par le chagrin, y reçoit les condoléances de ses voisines, avec dans les bras sa dernière-née, Rana, 3 ans, main bandée et joues mouchetées de brûlures. Assis sur la même couverture, Mounir, 9 ans, une compresse sur l’oeil, avale des biscuits, l’air absent. "Il est dans la même école que Hadil, explique Haïfa, la directrice. Ses camarades sont tous choqués. Comment enseigner la paix à des enfants dans des conditions pareilles ?"

 

Une voix s’élève parmi les femmes. Aziza, professeur d’arabe, interpelle le "journaliste français". "Pourquoi votre gouvernement a-t-il arrêté son aide au peuple palestinien ?, s’exclame-t-elle. Qu’avons-nous fait pour mériter d’être punis ? Les occidentaux ne veulent pas nous soutenir, en plus ils font pression sur le monde arabe pour qu’il cesse de nous envoyer de l’argent. Le jour où nous avons mis en application la démocratie que vous nous avez demandée, nous sommes devenus un ennemi. C’est une erreur qui va engendrer de la haine entre les peuples".

 

Sur http://www.aloufok.net
Paru dans "Le Monde" du 14 avril 2006

Par Julien - Publié dans : freepalestine
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Lundi 3 avril 2006

 Beersheba
1 avril 2006  

 « Beersheba, quatrième ville d’Israël, capitale du Néguev, principalement juive mais comptant aussi une forte population bédouine, pour preuve, le marché bédouin (…) cacophonie moyen-orientale de vente de chameaux, de chèvres, de moutons, d’art et d’artisanat, de cuivre, de cuir et d’encens » Ou encore « Au centre, une belle mosquée (…) la ville abrite également un musée consacré à la vie des bédouins » A en croire les guides touristiques, Beersheba est une ville pittoresque a ne pas manquer, symbole du succès de l’Etat d’Israël qui a su transformer l’aride désert du Néguev en jardin florissant.

Petites précisions…

La belle mosquée…où il est interdit de prier
En effet le centre ville abrite une belle mosquée. Celle-ci a été annexée au musée et les 180.000 musulmans de la région, à majorité bédouins, ne sont pas autorisés à aller y prier. Ce n’est que le début de la visite au cœur de l’apartheid israélien.

Un jardin arrosé d’eau volée
Les 120 kilomètres de route qui mènent de Jérusalem à Beersheba au sud, traversent le nord du désert du Néguev. Du désert il ne reste rien car à perte de vue s’étendent des champs d’une richesse impressionnante. La transformation du désert en vaste région agricole a été rendue possible par un vaste programme d’irrigation du désert dont les infrastructures sont bien visibles : immenses citernes, canalisations courant sur des kilomètres, chaque champ disposant d’un grand nombre d’arrosoir automatique. Il semble y avoir plus d’eau dans la région que dans toute la Cisjordanie voisine. A coup sur Israël est un état entreprenant capable de transformer un désert en jardin d’Eden.

Mais la réalité est toute autre. Les millions de m³ d’eau déversés quotidiennement sur le Néguev est le résultat d’un vol qualifié. Si le Néguev vit c’est parce que des milliers de palestiniens n’ont pas accès à l’eau.

L’eau arrosant le Néguev est en effet captée loin au nord du pays, à la source du fleuve Jourdain. Une immense canalisation contournant la Cisjordanie amène l’eau du nord au sud. De ce fait une grande partie des eaux du fleuve Jourdain, vitale pour les palestiniens de Cisjordanie est détournée au profit du seul Israël.

Où voulez-vous que l’on vive, dans le ciel ?
Salah Swillin Al Alarmy est un des 180.000 bédouins du Néguev et comme la plupart d’entre eux, il habite avec sa famille de 11 enfants et de 54 petits enfants, le village d’Harirat Al Hazaz, un des 47 villages non reconnu par Israël. Ce ne sont à proprement parlé par des villages mais des campements composées d’un amas de chahutes en tôles ondulées. Aucune route digne de ce nom n’y mène, mais des pistes défoncées.

Les routes du Néguev sont longées par ces villages et pourtant vous ne les trouverez sur aucune carte. Ils n’ont pas d’existence légale. Pourtant, comme le dit Salah : « Je suis ici sur la terre de mon grand-père qui la tenait de son grand-père, bien avant l’arrivée des juifs ». Mais à la création de l’Etat d’Israël, les bédouins ont été tout simplement déplacés vers une zone de concentration restreinte ou Siyag. Cette zone, limitée par Beit Kama, Beersheba, Arad, Dimona et Yeruhan, ne représente qu’1,3% du total des terres originellement bédouines.

Montrant l’unique tuyau d’arrosage amenant l’eau au village « 300 personnes plus le bétail doivent boire au même tuyau. Même un chien boit plus que nous ».


Salah a en outre reçu un ordre de destruction de la dizaine de cahutes du hameau sous peine de payer une amende de 10.000 shekels (plus ou moins 2.000 euros) ou 3 mois de prison…. « J’ai dit au juge qui a ordonné la destruction…où voulez-vous que le vive… dans le ciel ? ». Même ses chèvres ne sont pas libres de circuler librement sur les vastes étendues du désert par absence d’autorisation spéciale.
Photo: L'ordre de destruction des maisons

Maisons sans électricités au pied d’un pylône électrique
Un village non reconnu n’a tout simplement pas d’existence. Le long des routes du Néguev, un panneau indiquant « Ecole Régionale » signifie qu’en fait il y a un village et que des gens vivent à cet endroit. Un village non reconnu typique comprend pourtant entre 500 à 5.000 habitants. Aucun accès aux infrastructures modernes, pas de raccordement à l’eau courante ou à l’électricité, pas de routes.
Photo: Village sans electricite sous un pylone electrique

La plupart des habitants de ces villages sont obligés de parcourir d’importantes distances pour faire remplir des remorques citernes. Ces citernes en métal modifie le goût de l’eau, donne une eau très froide en hiver et bouillante en plein été, ce qui favorise le développement de toute une série de germes, d’amibes et autre saloperie.

Dans un village non reconnu il est fréquent de voir des situations ahurissantes comme des maisons privées d’électricité alors qu’elles se trouvent juste en dessous d’une ligne à haute tension. C’est le cas de Salah du village de Harirat Al Hazaz. Alors qu’un pylône surplombe sa maison, il est obligé d’utiliser un générateur qu’il ne fait fonctionner que deux heures par jour pour économiser l’essence.

Pour les habitants, améliorer leur vie quotidienne relève d’une lutte de longue haleine. Construire une école nécessite une autorisation de justice et donc un jugement du tribunal israélien, idem pour construire un centre médical, un local poubelle ou toute autre infrastructure.

Un égout à ciel coupe un village en deux
Le village de Kfar Abu Kaf est traversé par un égout à ciel ouvert provenant d’Hébron à plus de 50 kilomètres. Le village est littéralement coupé en deux et la construction d’un pont pour permettre aux enfants d’une des moitiés de pouvoir rejoindre leur école a été une vraie gageure, nécessitant une autorisation spéciale des autorités israéliennes. En hiver, avec la montée des eaux, le pont est régulièrement emporté par le torrent d’eau putride isolant un des moitiés du village pour des semaines. En été, l’odeur est épouvantable et une myriade de moustique s’y développe harassant les habitants et générant quantités de maladies de la peau.

Des villas de luxes côtoient des cabanes de tôles
Le visage de l’apartheid prend toute sa réalité dans le village bédouin de Tarabin jouxtant la banlieue pavillonnaire juive de Omer.

Tarabin est similaire à tous les villages bédouins, un amas de taules au milieu de montagnes de détritus.
Photo: Le village de Tarabin...

Sa particularité : il est entouré par un grillage sur tout son pourtour, une seule porte donnant accès au village. A cinquante mètre, de l’autre côté du grillage, s’étend la luxueuse banlieue juive d’Omer et ses pavillons à jardin, ses rues éclairées et bordées de palmiers.
Photo: ... a un jet de pierre, les villas juives de Omer

Voilà la réalité de l’apartheid israélien, des villages arabes historiques sans existence légale et des pavillons luxueux juifs, résultat de l’occupation et du vol des terres arabes.

La vie des bédouins n’a rien de pittoresque comme on pourrait le croire en lisant un guide touristique, c’est un enfer au cœur de la soit disant seule démocratie du Moyen-Orient.

Par Julien - Publié dans : freepalestine
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Jeudi 30 mars 2006

 

Par Julien - Publié dans : freepalestine
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Jeudi 30 mars 2006
Aujourd'hui 30 mars, c'est la journee de la terre partout en Palestine. Manifestations et actions viennent marquer la commemoration des confiscations de terres par Israel, toujours plus nombreuses . Journee par excellence de la defense de la Palestine, Israel a egalement voulu marquer le coup dans le camp de refugies de Aida avec l'erection d'une nouvelle tour de guet et le debut de la construction d'une nouvelle portion du mur... Tres beau cadeau d'anniversaire...
 
Par Julien - Publié dans : freepalestine
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