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Lundi 3 avril 2006

 Beersheba
1 avril 2006  

 « Beersheba, quatrième ville d’Israël, capitale du Néguev, principalement juive mais comptant aussi une forte population bédouine, pour preuve, le marché bédouin (…) cacophonie moyen-orientale de vente de chameaux, de chèvres, de moutons, d’art et d’artisanat, de cuivre, de cuir et d’encens » Ou encore « Au centre, une belle mosquée (…) la ville abrite également un musée consacré à la vie des bédouins » A en croire les guides touristiques, Beersheba est une ville pittoresque a ne pas manquer, symbole du succès de l’Etat d’Israël qui a su transformer l’aride désert du Néguev en jardin florissant.

Petites précisions…

La belle mosquée…où il est interdit de prier
En effet le centre ville abrite une belle mosquée. Celle-ci a été annexée au musée et les 180.000 musulmans de la région, à majorité bédouins, ne sont pas autorisés à aller y prier. Ce n’est que le début de la visite au cœur de l’apartheid israélien.

Un jardin arrosé d’eau volée
Les 120 kilomètres de route qui mènent de Jérusalem à Beersheba au sud, traversent le nord du désert du Néguev. Du désert il ne reste rien car à perte de vue s’étendent des champs d’une richesse impressionnante. La transformation du désert en vaste région agricole a été rendue possible par un vaste programme d’irrigation du désert dont les infrastructures sont bien visibles : immenses citernes, canalisations courant sur des kilomètres, chaque champ disposant d’un grand nombre d’arrosoir automatique. Il semble y avoir plus d’eau dans la région que dans toute la Cisjordanie voisine. A coup sur Israël est un état entreprenant capable de transformer un désert en jardin d’Eden.

Mais la réalité est toute autre. Les millions de m³ d’eau déversés quotidiennement sur le Néguev est le résultat d’un vol qualifié. Si le Néguev vit c’est parce que des milliers de palestiniens n’ont pas accès à l’eau.

L’eau arrosant le Néguev est en effet captée loin au nord du pays, à la source du fleuve Jourdain. Une immense canalisation contournant la Cisjordanie amène l’eau du nord au sud. De ce fait une grande partie des eaux du fleuve Jourdain, vitale pour les palestiniens de Cisjordanie est détournée au profit du seul Israël.

Où voulez-vous que l’on vive, dans le ciel ?
Salah Swillin Al Alarmy est un des 180.000 bédouins du Néguev et comme la plupart d’entre eux, il habite avec sa famille de 11 enfants et de 54 petits enfants, le village d’Harirat Al Hazaz, un des 47 villages non reconnu par Israël. Ce ne sont à proprement parlé par des villages mais des campements composées d’un amas de chahutes en tôles ondulées. Aucune route digne de ce nom n’y mène, mais des pistes défoncées.

Les routes du Néguev sont longées par ces villages et pourtant vous ne les trouverez sur aucune carte. Ils n’ont pas d’existence légale. Pourtant, comme le dit Salah : « Je suis ici sur la terre de mon grand-père qui la tenait de son grand-père, bien avant l’arrivée des juifs ». Mais à la création de l’Etat d’Israël, les bédouins ont été tout simplement déplacés vers une zone de concentration restreinte ou Siyag. Cette zone, limitée par Beit Kama, Beersheba, Arad, Dimona et Yeruhan, ne représente qu’1,3% du total des terres originellement bédouines.

Montrant l’unique tuyau d’arrosage amenant l’eau au village « 300 personnes plus le bétail doivent boire au même tuyau. Même un chien boit plus que nous ».


Salah a en outre reçu un ordre de destruction de la dizaine de cahutes du hameau sous peine de payer une amende de 10.000 shekels (plus ou moins 2.000 euros) ou 3 mois de prison…. « J’ai dit au juge qui a ordonné la destruction…où voulez-vous que le vive… dans le ciel ? ». Même ses chèvres ne sont pas libres de circuler librement sur les vastes étendues du désert par absence d’autorisation spéciale.
Photo: L'ordre de destruction des maisons

Maisons sans électricités au pied d’un pylône électrique
Un village non reconnu n’a tout simplement pas d’existence. Le long des routes du Néguev, un panneau indiquant « Ecole Régionale » signifie qu’en fait il y a un village et que des gens vivent à cet endroit. Un village non reconnu typique comprend pourtant entre 500 à 5.000 habitants. Aucun accès aux infrastructures modernes, pas de raccordement à l’eau courante ou à l’électricité, pas de routes.
Photo: Village sans electricite sous un pylone electrique

La plupart des habitants de ces villages sont obligés de parcourir d’importantes distances pour faire remplir des remorques citernes. Ces citernes en métal modifie le goût de l’eau, donne une eau très froide en hiver et bouillante en plein été, ce qui favorise le développement de toute une série de germes, d’amibes et autre saloperie.

Dans un village non reconnu il est fréquent de voir des situations ahurissantes comme des maisons privées d’électricité alors qu’elles se trouvent juste en dessous d’une ligne à haute tension. C’est le cas de Salah du village de Harirat Al Hazaz. Alors qu’un pylône surplombe sa maison, il est obligé d’utiliser un générateur qu’il ne fait fonctionner que deux heures par jour pour économiser l’essence.

Pour les habitants, améliorer leur vie quotidienne relève d’une lutte de longue haleine. Construire une école nécessite une autorisation de justice et donc un jugement du tribunal israélien, idem pour construire un centre médical, un local poubelle ou toute autre infrastructure.

Un égout à ciel coupe un village en deux
Le village de Kfar Abu Kaf est traversé par un égout à ciel ouvert provenant d’Hébron à plus de 50 kilomètres. Le village est littéralement coupé en deux et la construction d’un pont pour permettre aux enfants d’une des moitiés de pouvoir rejoindre leur école a été une vraie gageure, nécessitant une autorisation spéciale des autorités israéliennes. En hiver, avec la montée des eaux, le pont est régulièrement emporté par le torrent d’eau putride isolant un des moitiés du village pour des semaines. En été, l’odeur est épouvantable et une myriade de moustique s’y développe harassant les habitants et générant quantités de maladies de la peau.

Des villas de luxes côtoient des cabanes de tôles
Le visage de l’apartheid prend toute sa réalité dans le village bédouin de Tarabin jouxtant la banlieue pavillonnaire juive de Omer.

Tarabin est similaire à tous les villages bédouins, un amas de taules au milieu de montagnes de détritus.
Photo: Le village de Tarabin...

Sa particularité : il est entouré par un grillage sur tout son pourtour, une seule porte donnant accès au village. A cinquante mètre, de l’autre côté du grillage, s’étend la luxueuse banlieue juive d’Omer et ses pavillons à jardin, ses rues éclairées et bordées de palmiers.
Photo: ... a un jet de pierre, les villas juives de Omer

Voilà la réalité de l’apartheid israélien, des villages arabes historiques sans existence légale et des pavillons luxueux juifs, résultat de l’occupation et du vol des terres arabes.

La vie des bédouins n’a rien de pittoresque comme on pourrait le croire en lisant un guide touristique, c’est un enfer au cœur de la soit disant seule démocratie du Moyen-Orient.

Par Julien - Publié dans : freepalestine
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