Sandy Nassir Al Saadi Récit…
12 ans
Camp de Jénine
9 mars 2006
Le récit qui suit prend une signification toute particulière pour tous ceux pour qui la date du 8 mai signifie encore quelque chose. Souvenez-vous le 8 mai 1945, les troupes alliées sortaient victorieuses d’une longue guerre sanguinaire contre la barbarie nazie. Des milliers de juifs survivant sortaient enfin libérés de l’enfer des camps d’extermination… Pourtant leur descendant semblent avoir oublier ce que fut l’enfer nazi et surtout ont oublié la signification du 8 mai. Ecoutez l’histoire de Sandy et de ses frères et soeur, Mohammed 11 ans, Rafat, 10 ans et Dounia 7 ans, enfants sans parents. Leur père, Nassir Saïd Al Saadi, 32 ans, est emprisonné pour une durée encore inconnue tandis que leur mère Qahira Saïd Al Sadi, 27 ans, a été arrêtée le 8 mai 2002 et condamnée à trois fois la prison à vie… Tout comme l’occupation nazie, l’occupation israélienne n’a que faire des enfants.
La rencontre avec Sandy est émouvante. J’ai en face de moi une jeune fille visiblement marquée, détruite même dont la timidité cache mal l’épreuve qu’elle traverse. Dans ses yeux on ne voit pas l’étincelle de l’enfance, mais la lassitude de l’âge adulte. Tout le contraire de ses deux petits frères et de sa petite sœur dont l’enfance semble préservée. Sans doute par ce que la jeune Sandy prend sur elle toutes les souffrances de cette petite famille, séparée de leurs parents…
Peux-tu me faire part de tes sentiments ?
Ma mère est en prison depuis que j’ai 9 ans. Je ne me sens pas comme un autre enfant peut se sentir. Je m’oublie moi-même, j’en oublie ma vie. J’essaie juste de continuer à vivre.
Je prépare à manger très tôt le matin pour mes frères et ma sœur, puis je les envoie à l’école et puis seulement je vais moi-même à l’école.
Quand je parle avec mes amies, je me sens très triste car elles jouent, regardent la télévision, écoutent de la musique, vont dans les centre internet, vont voir des films. Mais moi je reste à la maison car je dois m’occuper des mes frères et de ma sœur.
Quand les familles viennent visiter leurs enfants à l’école, je pleure car ma mère ne peut pas venir me voir.
J’espère donner à mes frères un futur mais pour moi je n’en voit aucun. Je me sens plus vieille et je ne m’occupe jamais à jouer. La première chose qui compte pour moi, ce sont mes frères et sœur. Je suis leur père et leur mère.
Je ne cesse de pleureur car j’imagine ce que serait ma vie avec ma maman. Elle me donnait de l’amour et je pouvais jouer avec mes amies.
Quand je me rappelle comment ils ont arrêté ma maman, je pleure et je n’arrive pas à dormir. Ils ont attaqué la maison et ont tout détruit. Ils l’ont arrêtée sous nos yeux. On courait après la Jeep, suppliant les soldats de ne pas l’emmener, mais ils ne se souciaient pas de nous.
Mes frères me demandent sans cesse où est papa et maman. Mam petite sœur me demande aussi tout le temps : où est maman ? Elle me manque.
Ma question est : pourquoi ? Pourquoi ont-ils pris ma mère.
Je me rappelle la vie avant. Comment elle cuisinait pour nous, nous lisaient des histoires, nous aidaient dans les devoirs.
Lui rends-tu souvent visite ?
Elle est à la prison de Tilmund et je ne peux pas lui rendre visite tout le temps. Quand je vais lui rendre visite, c’est très dur. On quitte Jénine à 3 heures du matin, il y 10 heures de route aller-retour. Puis on attend des heures pour seulement pouvoir la voir 30 minutes.
Je ne peux la voir que 30 minutes, dans une petite pièce où toutes les familles des prisonniers sont réunies ensemble, il y a beaucoup de bruit et j’ai du mal à entendre ce qu’elle me dit. Il y a une vitre et l’on ne peut pas se toucher, s’embrasser. Ma mère pleure et supplie les gardiens de pouvoir nous embrasser. On les supplie aussi mais ils s’en moquent.
Après 4 ans on continue à supplier, mais personne ne s’occupe de nous. Israël n’a que faire des droits humains.
Ils ont tout brisé dans mon cœur. Pourquoi ne pensent-ils pas aux enfants quand ils arrêtent une mère.
Nous demandons une chose simple, que l’on nous rende notre papa et notre maman.
Qu’en est-il de ton papa ?
Il a été arrêté une première fois, en même temps que ma maman. Puis il a été relâché. Un an plus tard, ils l’ont arrêté à nouveau. Il est toujours en prison et on ne sait pas combien de temps il y restera.
Personne ne te vient en aide ?
J’ai envoyé une lettre à Kofi Annan, à l’ONU. Il a envoyé un de ses représentants ici à Jénine pour nous rencontrer pour que l’on puisse rendre visite à ma maman et qu’on la relâche. Je lui ai dit que l’on ne pouvait pas vivre comme cela. Que pouvons-nous faire sans nos parents ? Je lui ai dit que tout était à cause de l’occupation, que s’il n’y avait pas d’occupation, il n’y aurait pas de résistance. Personne ne se soucie des palestiniens quand Israël détruit nos vies.
Je lui ai dit que l’on n’était que des enfants, que l’on ne pouvait pas vivre sans notre famille et je lui ai demandé de nous aider.
Farat, un de ses petits frères lui coupe la parole
On ne peut pas vivre sans papa et maman.
Sandy reprend
Mais jusqu’à présent il n’a rien fait, c’était il y a un an.
Que voudrais-tu dire aux belges ?
S’ils peuvent nous aider à résoudre ce problème, qu’ils le fassent.
Ressentez ce que l’on ressent. On a tout perdu. On ne peut pas se sentir heureux. On a perdu la joie et la vie. On ne peut croire en un bon avenir. Qu’est-ce qu’une vie sans ses parents ? J’ai tout perdu.
J’espère que ton peuple nous soutienne et nous aime du fond de leur cœur. J’invite les gens à nous rendre visite et à voir comment nous vivons, à nous aider à résoudre notre problème. Merci de nous aider.
Je demande à ces petits frères et à sa petite sœur s’ils veulent rajouter quelque chose. La petite Dounia, pétillante de vie, est la première a vouloir parler. C’est un caractère fort qui de sa petite voie fluette me déverse un flot de paroles qui ne prend fin que sur injonction de son oncle présent… »Dounia, ralas »… Dounia, cela suffit…
Dounia, 7 ans
Je prie Dieu de ramener ma maman. Nous ne pouvons pas vivre sans notre maman. Je veux mon papa et ma maman pour que nous puissions vivre ensemble.
Si les israéliens ont un cœur, ils doivent libérer mon papa et ma maman.
Je pose une question aux israéliens : « Aimeriez-vous avoir votre maman en prison ? »
Avant, notre maman nous donnait tout son amour, nous apprenait des choses, mais maintenant on a tout perdu. Je suis triste quand les autres mamans viennent visiter leurs enfants à l’école. Toutes mes amies sont heureuses, mais moi je suis triste.
Les israéliens doivent vider toutes les prisons et les fermer.
Ils ne me laissent pas toucher ma maman. Je veux juste embrasser ma maman une seule fois. JE demande au monde entier, rendez moi ma maman. Les israéliens peuvent-ils vivre sans maman ?
Rafat, 10 ans J’espère que ma maman et mon papa reviennent et vivent avec nous. Je prie Dieu pour cela. Tous les élèves sont heureux quand leurs parents viennent à l’école. Mais comment puis-je me sentir heureux quand personne ne demande après moi ? Pourquoi les israéliens font-ils cela ? N’ont-ils pas d’enfants ?
Mohammed, 11 ans
Ma maman m’a donné la vie. Si l’on n’a pas de maman, on n’a pas de vie. Elle est en prison depuis 4 ans, pourquoi ne la libère-t-on pas ? Sans elle, je ne peux pas vivre. Dans mes rêves je la vois, elle vient me réveiller, me prépare des sandwichs, m’embrasse et viens me chercher à l’école. Mais quand je me réveille, je pleure. On prie Dieu de nous la ramener. J’ai l’impression de n’être rien sans mon père et ma mère. Une maman, c’est le centre de la vie. J’attends ce jour où elle reviendra, et ce jour-là, je promets de faire une grande fête. Elle est toute ma vie.
