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Camps de refugies

Dimanche 12 mars 2006
Ali Samoudi, Jénine
8 mars 2006
 
Dans une rencontre organisée à leur honneur par l'association de femmes "Pour ne pas oublier" du camp de Jénine en collaboration avec la télévision locale Farah, les anciennes prisonnières, les soeurs et mères de prisonniers se sont retrouvées pour célébrer à leur manière la journée internationale de la femme.
L'émotion était grande en écoutant les témoignages des anciennes prisonnières, récemment libérées. Bien que libérées, elles portent encore en elles les séquelles de leur incarcération et de leurs souffrances. Ibtihal Saadi résume leur situation, disant : la détention fait partie de ma vie, je ne peux oublier ces moments où je retrouve en permanence la dureté de la prison et le sadisme du geôlier, je me revoie encore dans les cellules sombres des interrogatoires, face aux instructeurs.
 
Ibtihal, 18 ans, raconte le récit de ses souffrances, les larmes aux yeux. Elle essaie de transmettre son expérience, à son public, des femmes dont les enfants, frères ou soeurs sont encore en prison.
"Il n'y a pas de mots pour décrire ce qu'on vit, dès les premiers instants de l'arrestation jusqu'au bout du chemin. Dans la prison, la situation est dure, dramatique. A cause des pratiques de la direction carcérale, à Telmond, à cause de la répression qui s'abat sur toutes les prisonnières, celles-ci sont privées de tous les droits, même les plus simples. Elles sont constamment punies, parce qu'elles se considèrent comme des prisonnières politiques.
7 mères de famille sont détenues dans les prisons israéliennes. La prisonnière Faten Daraghmeh, qui a sept enfants, la prisonnière Qahira Saadi, quatre enfants, Itaf Alayan, séparée de son nourrisson. Non seulement elles sont séparées de leurs enfants, mais la cruauté des geôliers les maintient en isolement. Les mères de famille ne peuvent rencontrer leurs enfants. La plupart des mères prisonnières sont punies par l'interdiction des visites familiales. Mais les autres prisonnières sont également punies de cette manière
"Tout au long de ma détention, soit un an et demi, ils ont interdit à ma mère de me visiter. Je n'ai pu la voir que deux fois. Ils prétendent qu'il y a des raisons sécuritaires".
Ibrihal expose en détail la vie des prisonnières : dans les cellules surpeuplées, elles ne peuvent se déplacer. Elles sont souvent dix prisonnières, enfermées dans une pièce sans fenêtres, sans soleil, sans lumière naturelle, elles ne peuvent savoir l'heure. "Nous sommes séparées du monde et de nos familles, nous ne savons pas ce qui se passe autour de nous, sauf quand ils nous permettent de regarder la télévision, à condition que ce soit la direction de la prison qui choisit les émissions."
Les pressions et les provocations sont incessantes, jour et nuit, ajoute Ibtihal. "Même le lieu que nous considérons comme un échappatoire, la cour, est un lieu où des règlements stricts nous empêchent de nous détendre vraiment. Nous y sommes surveillées, la durée est trop courte, les geôliers nous interdisent de nous regrouper. Les séances culturelles, artistiques ou religieuses sont interdites."
La direction de la prison a une attitude haineuse et hypocrite. Ils ne supportent pas nous voir être occupées, essayant de lutter pour survivre, ils veulent constamment nous diriger, nous contraindre et surtout nous détruire psychologiquement et moralement. Malgré cela, les prisonnières palestiniennes poursuivent leur défi, elles résistent, elles affirment leur volonté avec force, elles insistent pour poursuivre leurs études. Nous partageons nos différents savoirs. Par notre attitude, nous leur transmettons une lettre quotidienne, leur affirmant qu'ils peuvent nous isoler, nous arrêter, nous priver de beaucoup de choses, mais ils ne peuvent diriger notre volonté. Ils ne peuvent nous détruire de l'intérieur. Notre moral reste élevé. Nous avons la capacité d'apprendre à partir de nos expériences, à partir des conditions que nous avons vécues.
Ibtihal indique comment la direction de la prison néglige toutes leurs demandes, que ce soit concernant l'alimentation, qui est exécrable et de faible quantité, que ce soit pour les cas des prisonnières malades, malgré la gravité de certains cas, que ce soit au niveau de la propreté des cellules. "Les bestioles et les rats infestent nos cellules et toutes nos demandes de produits de nettoyage sont refusées."
Ibtihal parle de Qahira Saadi, prisonnière du camp de Jénine, condamnée à la prison à vie. "Je n'oublierai jamais le regard de Qahira, au moment de nos adieux. Elle pleurait sur mon épaule, disant : je suis en train d'accueillir et de dire adieu à toutes celles qui passent par là et je ne sais pas quand je reverrai mes enfants. Les mots de Qahira m'accompagnent, je suis inquiète pour elle."
Malgré toutes les souffrances vécues, Ibtihal affirme que l'expérience de la prison fut instructive. Elle y a appris le courage, la patience, la résistance, le défi, elle a appris qu'il faut resté attaché aux principes et aux droits du peuple, qu'il faut se tourner vers l'avenir avec espoir, faire face aux conditions difficiles quelles qu'elles soient. "J'ai y appris à aimer encore plus ma patrie, à m'engager encore plus pour la cause, et à me sacrifier pour la liberté de mon peuple".
Pour la journée internationale de la femme, Ibtihal souhaiterait pouvoir transmettre aux peuples du monde, à la communauté internationale, ce cri qui monte en elle, ce cri qui pourra exprimer la situation dramatique des prisonnières palestiniennes. Elle souhaiterait pouvoir transmettre les cris des mères de famille et des mineures, dont la vie et les rêves sont brisés.
 
La prisonnière libérée, Hanadi Qanadil, du camp de Jénine, a également exposé son expérience, remerciant l'association "Pour ne pas oublier" d'avoir consacré le 8 mars pour parler des prisonnières.
"Dans les prisons israéliennes, 120 Palestiniennes, dont des mères de famille et des mineures, sont détenues, à cette date. Les prisonnières sont réparties en deux sections, chacune est composée de plusieurs pièces. Ces pièces, étroites, sont conçues pour détruire les prisonnières. La direction de la prison exerce une oppression terrible sur elles, même quand elles se retrouvent dans la cour. D'abord, il leur est interdit de sortir en groupes, et il leur est interdit de faire des activités ensemble, même la prière, ou la lecture du Coran. Si elles le font quand même, elles sont mises en isolement.
Hanadi ajoute que la direction innove tous les jours pour trouver de nouvelles formes de punitions ou pour durcir les conditions de détention. Pour 60 prisonnières d'une section, il n'y a qu'un seul frigo (pour garder leurs aliments au frais) et une seule machine à laver. Les produits nécessaires pour le nettoyage sont absents, ce qui oblige les prisonnières à tout acheter. "Nous achetons tout ce dont nous avons besoin", ajoute-t-elle, "et nos familles ne peuvent supporter tous ces frais".
Hanadi a rappelé les conditions désastreuses sur le plan de la santé des prisonnières. Plusieurs d'entre elles sont gravement malades, leur état nécessite des soins urgents. Elle souhaiterait lancer un appel à la communauté internationale lui demandant de s'occuper des prisonnières malades, plus particulièrement et réclamer la libération de tous les prisonniers.
Les prisonnières sont constamment provoquées par des fouilles, même en pleine nuit. Elles sont également fouillées corporellement, de façon humiliante, avant toute visite ou toute sortie au tribunal.
Pour Hanadi, le moment le plus dur qu'elle ne peut pas oublier, est celui des cris de douleur de la prisonnière Faten Daraghmeh, malade et dont l'état nécessite des soins urgents. "Lorsque Faten eut sa crise, nous étions là, incapables d'agir, nous nous sommes mises à pleurer et à gémir. Nous avons demandé à la direction l'intervention d'un médecin ou même d'un infirmer, mais il n'y avait personne. Cyniquement, ils nous ont donné un cachet d'acamol, le remède miracle de tous les maux.". Elle se rappelle également des moments de son interrogatoire dans la prison de Jalameh, où elle passa deux mois en plein isolement. "Ils me menaçaient d'amener mon frère, qui est blessé et prisonnier, Youssef, ou alors d'arrêter mon père, de détruire notre maison pour m'obliger à avouer". Malgré cela, l'expérience de la prison m'a donné du courage, un moral élevé, la présence de la famille est importante. Je suis fière d'avoir été prisonnière, et en tant que femme, je dois participer à la lutte de mon peuple.
 
Farha Abul Hayjâ', directrice de l'association "Pour ne pas oublier" a salué les prisonnières et tous les prisonniers détenus dans les prisons de l'occupation, disant qu'en ce jour, le 8 mars, "il était de notre devoir de parler des femmes prisonnières, d'expliquer les conditions de leur détention, de montrer leur endurance, leur résistance, et surtout le sacrifice des femmes dans la révolution palestinienne, le rôle qu'elles ont joué et qu'elles jouent encore pour porter la cause de notre peuple", mettant en avant le rôle des femmes dans la résistance héroïque du camp de Jénine, en 2002. "En ce jour, nous devons saluer toutes les combattantes pour la liberté de notre peuple. Nous devons nous rappeler la femme combattante, militante, blessée, bannie, prisonnière, la femme qui a porté le poids de la vie quotidienne, la mère du martyr. Nous devons nous rappeler le rôle de la femme dans la résistance héroïque du camp de Jénine, car non seulement elle a participé, au risque de sa vie, en apportant les provisions aux combattants, mais elle a aussi porté les armes et défendu le camp. Non seulement elle a donné ses fils, la chair de sa chair, pour le camp, elle a aussi été la martyre, le médecin, la prisonnière et le symbole de la résistance.
Abul Hayja' a conclu en demandant aux membres du conseil législatif et à toutes les institutions palestiniennes de rendre hommage à la femme palestinienne, en lui accordant tous ses droits, et en demandant d'agir par tous les moyens pour libérer tous les prisonniers, et notamment les prisonnières. "C'est une priorité", a-t-elle ajouté.
Par Julien
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Mardi 14 mars 2006

9 - 11 mars 2006

Le camp de Jénine compte plus ou moins 15.000 habitants sur moins de 1 km². Situé à flanc de colline, à la sortie de la petite ville palestinienne du même nom, de vastes champs s’étalent à se pieds. Au premier coup d’œil, le visiteur qui a vu d’autres camps de Cisjordanie se dira certainement : « C’est un hôtel trois étoile ». Les rues sont larges et propres, les maisons, toutes semblables, sont éclatantes.

Mais en creusant un peu, la réalité dépasse en horreur celle de tout autre camp. Les histoires parlent d’elles-mêmes. Si les maisons sont neuves, c’est que 800 d’entre elles ont été détruites en avril 2002 lorsque l’armée israélienne attaqua avec une violence inouïe le camp. Ces journées d’avril retentissent dans les bouches des témoins comme un véritable massacre. Ce ne sont pas moins de 67 palestiniens qui trouvèrent la mort. Certains corps n’ont jusqu’à présent pas été retrouvés. Beaucoup d’entre eux, handicapés, ne réalisant pas ce qui se passait, on été enseveli sous les décombres de leur maison rasée par les bulldozers israéliens.

Ariel Sharon, alors premier ministre israélien et Mofaz, ministre de la défense, qui ont lancé contre le camp les meilleurs éléments de leur armée, assistaient au spectacle depuis les hauteurs du camp.

Les troubles psychologiques qui ont résultés de ces deux semaines sanguinaires sont profondes chez les enfants que j’ai interrogés. Tous ont perdu un père, une mère, un frère. Dans le centre Not To Forget, un centre de femmes qui s’occupe des enfants du camp, une des responsable me montre des dessins d’enfants : chars, soldats, maisons mitraillées, rasées par des bulldozers, hélicoptères et avions qui tirent sur le camp, tout les dessins qui me sont présentés évoquent la souffrance, la mort, la guerre, la destruction… 

 

Photo:L'ensemble du centre du camp est compose de maisons neuves. L'attaque israelienne de 2002 a detruit 800 appartements.

Mais malgré la sauvagerie de l’attaque, la bataille de Jénine est à jamais inscrite dans l’histoire comme une défaite israélienne. L’armée relèvera 37 tués dans ses rangs. La résistance y a été héroïque. Elle ne fut pas le seul fait des combattants, mais toute la population participa au combat. Et ce n’est que lorsque 800 maisons furent détruites, qu’il ne restait plus pour refuge aux combattants qu’un seul immeuble, que ceux-ci acceptèrent de se rendre. Les israéliens sommèrent alors la  population à sortir des maisons restées debout. Femmes et enfants, brandissant des drapeaux blancs furent autorisées à quitter le champ de bataille tandis que tous les hommes de plus de 18 ans étaient emmenés pour interrogatoire. 

 

Photo: Cheval de la paix fabrique a partir des carcasses des voitures et autres vehicules detruits pendant l'attaque.

Malgré tout, le camp de Jénine est resté jusqu’à aujourd’hui un bastion de la résistance. Et les habitants sont fiers de dire que si l’Intifada s’est arrêtée dans toutes les villes de Cisjordanie, elle continue ici, à Jénine. Quelques mètres dans les rues du camp suffisent pour que cette réalité vous saute aux yeux. Partout des combattants en arme, par groupe de deux ou trois sillonnent le camp, qui en moto, qui en voiture. Et pendant trois jours, je n’ai pas vu une seule patrouille de soldats israéliens qui ne se risquent pas a entré dans le camp.

Jénine la résistante, Jénine la combattante, berceau de la grande révolte arabe de 1936 contre l’occupation britannique, symbole de la fierté de tout un peuple, je te salue…

Par Julien
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Vendredi 17 mars 2006

Interview de Ala JARADAT, membre de l’association de défense des prisonniers palestiniens ADDAMMEER
Ramallah, 8 février 2006.
Ala JARADAT est un progressiste proche du FPLP.

Etes-vous surpris par un tel résultat ?
Le résultat était attendu et différents facteurs y ont contribué. D’abord le bilan négatif de l’Autorité Palestinienne, des négociations avec Israël et de la domination absolue du Fath sur l’Autorité Palestinienne et de son impuissance à défendre la population.

Ensuite la dégradation continuelle des conditions sociales et économique du peuple palestinien.

C’est une conséquence de la corruption financière et administrative qui était très élevée.

C’est une conséquence également du manque d’unité au sein du Fath dans lequel on retrouve différentes opinions, différents programmes…
Il y avait également les groupes armés du Fath ou se réclamant du Fath. Au nom du Fath, de nombreux groupes armés se sont constitués, semi maffieux, interférant dans la vie des gens, établissant des check point de contrôle sauvage, anarchistes… Ces groupes ont crée un fort sentiment d’insécurité. Ils étaient d’ailleurs dénommés « gangs » par la population. Les gens en ont eu assez. 
Le Hamas a prouvé au contraire qu’il était un groupe discipliné, ils ont des leaders capables de tenir leurs troupes, et ont une réputation d’honnêteté et de probité.

Enfin, la campagne médiatique internationale contre le Hamas a joué beaucoup. Les menaces européennes de couper l’aide aux palestiniens n’ont pas eu d’effet, au contraire, puisque les pays arabes sont capables seuls de nous venir en aide.

Le FPLP ne représente pas un espoir de changement ?
Le FPLP est un groupe marxiste qui reste marginal dans notre société. Les médias ignorent le FPLP. De plus, le Hamas a des moyens financiers beaucoup plus important qui lui permettent de développer tout un réseau de services sociaux, d’aide au peuple. Si le FPLP avait plus de ressources, sans doute aurait-il fait un meilleur résultat. Le FPLP ne survit qu’avec des contributions locales, chaque candidat à financer sa campagne sur ses propres fonds, au contraire du Hamas qui dispose de l’appui financier de la plupart des pays arabes.

La victoire du Hamas est positive ou négative ?
Je pense que graduellement cela ne peut qu’aller mieux. Et d’ailleurs cela va déjà beaucoup mieux. Le sentiment d’humiliation des palestiniens du fait de la corruption de l’Autorité a disparu. Le peuple a déjà regagné le respect de lui-même.
De plus, tous les leaders du Hamas ont le même message. Avec le Fath, les gens étaient désabusés, confus car Abou Mazen (Président de l’AP) disait une chose, Ahmed Quorei (premier ministre de l’AP) disait autre chose et les autres leaders encore autre chose. Maintenant tout le monde parle d’une même voix.

Quelle relation l’AP doit-elle entretenir avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ?
Déjà bien avant les élections, il y avait la volonté de liquider l’Autorité Palestinienne pour reconstruire l’OLP. Mais cela est difficile car que faire avec tous les services à la population organisée par l’Autorité Palestinienne. Le problème est que l’OLP a été marginalisée par Arafat et l’Autorité Palestinienne.

Depuis les élections, il y a une nouvelle définition de l’Autorité Palestinienne. Ce n’est plus l’autorité palestinienne issue du seul processus de paix et des accords d’Oslo. Aujourd’hui l’Autorité Palestinienne est beaucoup plus représentative. Son président Abou Mazen est issu d’élections ainsi que ce nouveau parlement. Le Hamas et le FPLP ont des accords pour reconstruire l’OLP. L’OLP représente l’identité de tous les palestiniens et non pas seulement ceux de Cisjordanie ou de Gaza.

Selon moi, l’Autorité Palestinienne n’est qu’un outil administratif pour organiser la vie des palestiniens en territoire occupé. L’Autorité Palestinienne doit donc faire partie intégrante de l’OLP qui est seule à même de négocier avec Israël.

Par Julien
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Lundi 27 mars 2006

Ramallah
26 mars 2006 

Le camp de Jalazone est situé à 7 kilomètres de Ramallah, on y accède par une route de contournement du fait de la présence de la colonie de Beit Il. Le camp est situé en Zone C, c’est-à-dire sous autorité israélienne complète, militaire et civile.
J’y suis accueilli pour la journée par Shams Edin Al Khatib, manager du Comité Populaire de Services et Hussein Aleyan, instituteur à l’école UNRWA, volontaire au centre de jeunes du camp. Ils me dressent un tableau de la situation du camp.

 

 

  Un des 19 camps de Cisjordanie
Jalazone est à l’image des autres camps de réfugiés de Cisjordanie avec ses particularités propres.

La population de Jalazone est originaire historiquement de 36 villages de la région de Ramla, au centre de l’actuel Israël, tous détruits pour laisser la place à l’actuel aéroport de Ben Gourion à l’est de Tel Aviv.

Le camp s’étend sur 265 dunums (1dunum=1.000 m²) appartenant originellement au village chrétien de Jiffna qui loue ces terres à l’UNRWA. Etablit suite à la création de l’Etat d’Israël et à la fuite des populations qui suivit cette création, le camp comptait au départ 3.000 habitants répartis sur ces 265 dunums. Installés à l’origine sous des tentes, l’UNRWA au début des années 1950 fait construire de petites maisons de 9 m² avec les toilettes à l’extérieur. Au fil des ans, les familles s’agrandissant, les petites maisons sont devenues des immeubles sans que la taille du camp ne grandisse, ce qui oblige les gens à construire en hauteur avec pour conséquence la disparition des arbres, des espaces verts….

Aujourd’hui, il y a officiellement 13.300 habitants qui s’entassent sur la même superficie, enregistrés auprès des services de l’UNRWA. Mais dans la réalité,  la population oscille en moyenne entre 10.000 à 13.000 habitants. 

 De l’eau à profusion…inutilisable
Le nom de Jalazone est le nom historique du lieu sur lequel s’est élevé le camp et a pour signification dans la mémoire collective : lieu d’où l’eau sort de terre. Et de fait, il suffit de marcher dans le camp pour se rendre compte que partout, des petites sources naturelles font jaillir l’eau du sol, parfois en plein milieu des ruelles de terre.

Dans un pays où l’eau est une denrée précieuse, on pourrait se dire que les habitants du camp sont bien chanceux d’avoir autant d’eau à disposition pour ainsi dire gratuitement. C’est sans compter sur l’occupation israélienne et le fait que le camp se situe en zone C, c'est-à-dire sous contrôle israélien total. De ce fait, le camp ne dispose d’aucune infrastructure pour récolter et canaliser cette eau qui ruisselle à tout vent le long des pentes du camp. La situation est aggravée par l’absence totale d’infrastructure pour l’évacuation des eaux usées qui ruissellent par le même chemin, se mélangeant ainsi à l’eau potable et polluant inévitablement les nappes phréatiques causant de nombreux cas de maladies amibiennes chez les enfants.

Le canal principal d’évacuation des eaux usées déverse une eau nauséabonde en plein air. Celle-ci s’écoule en contre bas dans les champs du village de Jiffna.

On en arrive donc à une aberration : les habitants du camp assis sur une véritable richesse en eau sont obligés d’acheter leur eau potable à Israël. 

 Photo: une des nombreuses sources polluees.... 

  ....A quelques metres de la, l'evacuation des eaux usees

35% de jeunes de moins de 18 ans
Le camp compte 35% de jeunes de moins de 18 ans. Il y a deux écoles de l’UNRWA promulguant les premières années du cycle de base, une pour garçons qui comptent 1.250 élèves et une pour fille comptant également 1.250 élèves. Ces écoles sont surpeuplées avec en moyenne 50 élèves par classe.

Pour pallier aux manquements éducatifs des écoles de l’UNRWA, deux écoles privées ont été également construites et qui accueillent 300 élèves chacune. Ces écoles dispensent les 3 premiers niveaux du cycle de base. Seul problème, cela coûte 300$ par an ce qui obligent les familles a faire d’énorme sacrifices, notamment sur la nourriture, pour y envoyer leurs enfants.

 

 

 Une jeunesse à la dérive
Le problème principal du camp concerne les jeunes. Ceux-ci n’ont aucun support, aucun endroit pour jouer et n’ont rien d’autre à faire que d’être en rue à longueur de journée.

Il existe bien un centre de jeunes mais qui ne disposent pas d’assez de soutien que pour offrir à la jeunesse du camp les services dont elle a besoin.

Le centre de jeune dispose par exemple d’une librairie et d’un centre d’ordinateurs mais éprouve des difficultés à faire pérenniser ces infrastructures par manque de moyens financiers.

Par exemple, tous les moniteurs sont des volontaires. Mais eux-mêmes ont besoin de faire vivre leur famille. Il est donc très difficile de maintenir des équipes fixes sur une longue période de temps.

Chômage et manque de services à la population 
Parmi les habitants en âge de travailler, 70% n’ont pas d’emploi. Le Comité Populaire de Services tente d’apporter une aide à ces travailleurs en leur fournissant des travaux ponctuels de réhabilitation du camp mais encore une fois, le manque de soutien financier empêche le Comité Populaire d’offrir à la population tout ce dont elle a besoin alors que les services prodigués par l’UNRWA sont largement insuffisants.

 

 Photo: L'etat actuel des egouts


Le Comité Populaire
Le Comité Populaire est composé de 12 membres choisis parmi les différentes factions politiques ainsi que parmi les sans partis. Chaque année, un nouveau président est élu. Cette année il est FPLP. Malgré la bonne volonté et l’énergie déployée par ses membres, le Comité Populaire ne dispose pratiquement d’aucun soutien extérieur.
 

250 patients quotidiens pour un médecin
Le camp compte deux centres médicaux pour 13.000 habitants. Un de ces centres a été construit par des donations de fondations religieuses, tandis que l’autre a été établit par l’UNRWA qui est largement insuffisant avec un seul docteur qui consulte quotidiennement 250 patients en moyenne, 4 heures par jour.

De nombreux patients sont décédés par manque d’infrastructure et les bouclages réguliers par l’armée israélienne n’arrangent rien. 

 

  Photo: La salle d'echographie du centre medical du camp

 Jalazone…un camp parmi les 19 autres de Cisjordanie, points communs, pauvreté, manque de moyen, surpopulation, répression…

Par Julien
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