
Sur ce blog, la suite de mon periple de trois mois a travers la Palestine occupee... Pour en connaitre le debut, consultez le blog http://behindthewall.over-blog.com
9 - 11 mars 2006
Le camp de Jénine compte plus ou moins 15.000 habitants sur moins de 1 km². Situé à flanc de colline, à la sortie de la petite ville palestinienne du même nom, de vastes champs s’étalent à se pieds. Au premier coup d’œil, le visiteur qui a vu d’autres camps de Cisjordanie se dira certainement : « C’est un hôtel trois étoile ». Les rues sont larges et propres, les maisons, toutes semblables, sont éclatantes.
Mais en creusant un peu, la réalité dépasse en horreur celle de tout autre camp. Les histoires parlent d’elles-mêmes. Si les maisons sont neuves, c’est que 800 d’entre elles ont été détruites en avril 2002 lorsque l’armée israélienne attaqua avec une violence inouïe le camp. Ces journées d’avril retentissent dans les bouches des témoins comme un véritable massacre. Ce ne sont pas moins de 67 palestiniens qui trouvèrent la mort. Certains corps n’ont jusqu’à présent pas été retrouvés. Beaucoup d’entre eux, handicapés, ne réalisant pas ce qui se passait, on été enseveli sous les décombres de leur maison rasée par les bulldozers israéliens.
Ariel Sharon, alors premier ministre israélien et Mofaz, ministre de la défense, qui ont lancé contre le camp les meilleurs éléments de leur armée, assistaient au spectacle depuis les hauteurs du camp.
Les troubles psychologiques qui ont résultés de ces deux semaines sanguinaires sont profondes chez les enfants que j’ai interrogés. Tous ont perdu un père, une mère, un frère. Dans le centre Not To Forget, un centre de femmes qui s’occupe des enfants du camp, une des responsable me montre des dessins d’enfants : chars, soldats, maisons mitraillées, rasées par des bulldozers, hélicoptères et avions qui tirent sur le camp, tout les dessins qui me sont présentés évoquent la souffrance, la mort, la guerre, la destruction…
Photo:L'ensemble du centre du camp est compose de maisons neuves. L'attaque israelienne de 2002 a detruit 800 appartements.
Mais malgré la sauvagerie de l’attaque, la bataille de Jénine est à jamais inscrite dans l’histoire comme une défaite israélienne. L’armée relèvera 37 tués dans ses rangs. La résistance y a été héroïque. Elle ne fut pas le seul fait des combattants, mais toute la population participa au combat. Et ce n’est que lorsque 800 maisons furent détruites, qu’il ne restait plus pour refuge aux combattants qu’un seul immeuble, que ceux-ci acceptèrent de se rendre. Les israéliens sommèrent alors la population à sortir des maisons restées debout. Femmes et enfants, brandissant des drapeaux blancs furent autorisées à quitter le champ de bataille tandis que tous les hommes de plus de 18 ans étaient emmenés pour interrogatoire.
Photo: Cheval de la paix fabrique a partir des carcasses des voitures et autres vehicules detruits pendant l'attaque.
Malgré tout, le camp de Jénine est resté jusqu’à aujourd’hui un bastion de la résistance. Et les habitants sont fiers de dire que si l’Intifada s’est arrêtée dans toutes les villes de Cisjordanie, elle continue ici, à Jénine. Quelques mètres dans les rues du camp suffisent pour que cette réalité vous saute aux yeux. Partout des combattants en arme, par groupe de deux ou trois sillonnent le camp, qui en moto, qui en voiture. Et pendant trois jours, je n’ai pas vu une seule patrouille de soldats israéliens qui ne se risquent pas a entré dans le camp.
Jénine la résistante, Jénine la combattante, berceau de la grande révolte arabe de 1936 contre l’occupation britannique, symbole de la fierté de tout un peuple, je te salue…
Interview de Ala JARADAT, membre de l’association de défense des prisonniers palestiniens ADDAMMEER
Ramallah, 8 février 2006.
Ala JARADAT est un progressiste proche du FPLP.
Etes-vous surpris par un tel résultat ?
Le résultat était attendu et différents facteurs y ont contribué. D’abord le bilan négatif de l’Autorité Palestinienne, des négociations avec Israël et de la domination absolue du Fath sur l’Autorité Palestinienne et de son impuissance à défendre la population.
Ensuite la dégradation continuelle des conditions sociales et économique du peuple palestinien.
C’est une conséquence de la corruption financière et administrative qui était très élevée.
C’est une conséquence également du manque d’unité au sein du Fath dans lequel on retrouve différentes opinions, différents programmes…
Il y avait également les groupes armés du Fath ou se réclamant du Fath. Au nom du Fath, de nombreux groupes armés se sont constitués, semi maffieux, interférant dans la vie des gens, établissant des check point de contrôle sauvage, anarchistes… Ces groupes ont crée un fort sentiment d’insécurité. Ils étaient d’ailleurs dénommés « gangs » par la population. Les gens en ont eu assez.
Le Hamas a prouvé au contraire qu’il était un groupe discipliné, ils ont des leaders capables de tenir leurs troupes, et ont une réputation d’honnêteté et de probité.
Enfin, la campagne médiatique internationale contre le Hamas a joué beaucoup. Les menaces européennes de couper l’aide aux palestiniens n’ont pas eu d’effet, au contraire, puisque les pays arabes sont capables seuls de nous venir en aide.
Le FPLP ne représente pas un espoir de changement ?
Le FPLP est un groupe marxiste qui reste marginal dans notre société. Les médias ignorent le FPLP. De plus, le Hamas a des moyens financiers beaucoup plus important qui lui permettent de développer tout un réseau de services sociaux, d’aide au peuple. Si le FPLP avait plus de ressources, sans doute aurait-il fait un meilleur résultat. Le FPLP ne survit qu’avec des contributions locales, chaque candidat à financer sa campagne sur ses propres fonds, au contraire du Hamas qui dispose de l’appui financier de la plupart des pays arabes.
La victoire du Hamas est positive ou négative ?
Je pense que graduellement cela ne peut qu’aller mieux. Et d’ailleurs cela va déjà beaucoup mieux. Le sentiment d’humiliation des palestiniens du fait de la corruption de l’Autorité a disparu. Le peuple a déjà regagné le respect de lui-même.
De plus, tous les leaders du Hamas ont le même message. Avec le Fath, les gens étaient désabusés, confus car Abou Mazen (Président de l’AP) disait une chose, Ahmed Quorei (premier ministre de l’AP) disait autre chose et les autres leaders encore autre chose. Maintenant tout le monde parle d’une même voix.
Quelle relation l’AP doit-elle entretenir avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ?
Déjà bien avant les élections, il y avait la volonté de liquider l’Autorité Palestinienne pour reconstruire l’OLP. Mais cela est difficile car que faire avec tous les services à la population organisée par l’Autorité Palestinienne. Le problème est que l’OLP a été marginalisée par Arafat et l’Autorité Palestinienne.
Depuis les élections, il y a une nouvelle définition de l’Autorité Palestinienne. Ce n’est plus l’autorité palestinienne issue du seul processus de paix et des accords d’Oslo. Aujourd’hui l’Autorité Palestinienne est beaucoup plus représentative. Son président Abou Mazen est issu d’élections ainsi que ce nouveau parlement. Le Hamas et le FPLP ont des accords pour reconstruire l’OLP. L’OLP représente l’identité de tous les palestiniens et non pas seulement ceux de Cisjordanie ou de Gaza.
Selon moi, l’Autorité Palestinienne n’est qu’un outil administratif pour organiser la vie des palestiniens en territoire occupé. L’Autorité Palestinienne doit donc faire partie intégrante de l’OLP qui est seule à même de négocier avec Israël.
Ramallah
26 mars 2006
Un des 19 camps de Cisjordanie
Jalazone est à l’image des autres camps de réfugiés de Cisjordanie avec ses particularités propres.
La population de Jalazone est originaire historiquement de 36 villages de la région de Ramla, au centre de l’actuel Israël, tous détruits pour laisser la place à l’actuel aéroport de Ben Gourion à l’est de Tel Aviv.
Le camp s’étend sur 265 dunums (1dunum=1.000 m²) appartenant originellement au village chrétien de Jiffna qui loue ces terres à l’UNRWA. Etablit suite à la création de l’Etat d’Israël et à la fuite des populations qui suivit cette création, le camp comptait au départ 3.000 habitants répartis sur ces 265 dunums. Installés à l’origine sous des tentes, l’UNRWA au début des années 1950 fait construire de petites maisons de 9 m² avec les toilettes à l’extérieur. Au fil des ans, les familles s’agrandissant, les petites maisons sont devenues des immeubles sans que la taille du camp ne grandisse, ce qui oblige les gens à construire en hauteur avec pour conséquence la disparition des arbres, des espaces verts….
Aujourd’hui, il y a officiellement 13.300 habitants qui s’entassent sur la même superficie, enregistrés auprès des services de l’UNRWA. Mais dans la réalité, la population oscille en moyenne entre 10.000 à 13.000 habitants.
De l’eau à profusion…inutilisable
Le nom de Jalazone est le nom historique du lieu sur lequel s’est élevé le camp et a pour signification dans la mémoire collective : lieu d’où l’eau sort de terre. Et de fait, il suffit de marcher dans le camp pour se rendre compte que partout, des petites sources naturelles font jaillir l’eau du sol, parfois en plein milieu des ruelles de terre.
Dans un pays où l’eau est une denrée précieuse, on pourrait se dire que les habitants du camp sont bien chanceux d’avoir autant d’eau à disposition pour ainsi dire gratuitement. C’est sans compter sur l’occupation israélienne et le fait que le camp se situe en zone C, c'est-à-dire sous contrôle israélien total. De ce fait, le camp ne dispose d’aucune infrastructure pour récolter et canaliser cette eau qui ruisselle à tout vent le long des pentes du camp. La situation est aggravée par l’absence totale d’infrastructure pour l’évacuation des eaux usées qui ruissellent par le même chemin, se mélangeant ainsi à l’eau potable et polluant inévitablement les nappes phréatiques causant de nombreux cas de maladies amibiennes chez les enfants.
Le canal principal d’évacuation des eaux usées déverse une eau nauséabonde en plein air. Celle-ci s’écoule en contre bas dans les champs du village de Jiffna.
On en arrive donc à une aberration : les habitants du camp assis sur une véritable richesse en eau sont obligés d’acheter leur eau potable à Israël.
Photo: une des nombreuses sources polluees....
....A quelques metres de la, l'evacuation des eaux usees
35% de jeunes de moins de 18 ans
Le camp compte 35% de jeunes de moins de 18 ans. Il y a deux écoles de l’UNRWA promulguant les premières années du cycle de base, une pour garçons qui comptent 1.250 élèves et une pour fille comptant également 1.250 élèves. Ces écoles sont surpeuplées avec en moyenne 50 élèves par classe.
Pour pallier aux manquements éducatifs des écoles de l’UNRWA, deux écoles privées ont été également construites et qui accueillent 300 élèves chacune. Ces écoles dispensent les 3 premiers niveaux du cycle de base. Seul problème, cela coûte 300$ par an ce qui obligent les familles a faire d’énorme sacrifices, notamment sur la nourriture, pour y envoyer leurs enfants.
Une jeunesse à la dérive
Le problème principal du camp concerne les jeunes. Ceux-ci n’ont aucun support, aucun endroit pour jouer et n’ont rien d’autre à faire que d’être en rue à longueur de journée.
Il existe bien un centre de jeunes mais qui ne disposent pas d’assez de soutien que pour offrir à la jeunesse du camp les services dont elle a besoin.
Le centre de jeune dispose par exemple d’une librairie et d’un centre d’ordinateurs mais éprouve des difficultés à faire pérenniser ces infrastructures par manque de moyens financiers.
Par exemple, tous les moniteurs sont des volontaires. Mais eux-mêmes ont besoin de faire vivre leur famille. Il est donc très difficile de maintenir des équipes fixes sur une longue période de temps.
Chômage et manque de services à la population
Parmi les habitants en âge de travailler, 70% n’ont pas d’emploi. Le Comité Populaire de Services tente d’apporter une aide à ces travailleurs en leur fournissant des travaux ponctuels de réhabilitation du camp mais encore une fois, le manque de soutien financier empêche le Comité Populaire d’offrir à la population tout ce dont elle a besoin alors que les services prodigués par l’UNRWA sont largement insuffisants.
Photo: L'etat actuel des egouts
Le Comité Populaire
Le Comité Populaire est composé de 12 membres choisis parmi les différentes factions politiques ainsi que parmi les sans partis. Chaque année, un nouveau président est élu. Cette année il est FPLP. Malgré la bonne volonté et l’énergie déployée par ses membres, le Comité Populaire ne dispose pratiquement d’aucun soutien extérieur.
250 patients quotidiens pour un médecin
Le camp compte deux centres médicaux pour 13.000 habitants. Un de ces centres a été construit par des donations de fondations religieuses, tandis que l’autre a été établit par l’UNRWA qui est largement insuffisant avec un seul docteur qui consulte quotidiennement 250 patients en moyenne, 4 heures par jour.
De nombreux patients sont décédés par manque d’infrastructure et les bouclages réguliers par l’armée israélienne n’arrangent rien.
Photo: La salle d'echographie du centre medical du camp
Jalazone…un camp parmi les 19 autres de Cisjordanie, points communs, pauvreté, manque de moyen, surpopulation, répression…
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